Risque-t-on vraiment un effondrement global ?

Si l'on veut bien faire confiance à ce que révèlent des milliers de scientifiques ayant étudié sous tous ses angles l'érosion de plus en plus rapide de la capacité des écosystèmes de la Terre à continuer à encaisser les multiples perturbations infligées par les 7,5 milliards d'êtres humains peuplant la Terre et monopolisant plus de la moitié des terres émergées pour satisfaire leurs besoins, ainsi que par la surconsommation des ressources et la pollution généralisée, un tel risque est réel. La vraie question est de savoir si nous parviendrons à stopper à temps cette érosion pour donner une chance à la formidable résilience de la Vie de ramener l'équilibre et maintenir les conditions favorables à notre propre existence.

Examinons brièvement quelle est la situation actuelle...

 

Il y a d'abord l'érosion de la biodiversité qui est préoccupante. Elle est surtout due à la destruction des habitats : destruction des forêts tropicales ; hausse de l'acidité des océans qui ont absorbé jusqu'ici environ 525 milliards de tonnes de CO2 libérées par les activités humaines, ce qui acidifie l'eau des océans, entraînant ainsi une cascade de conséquences néfastes pour la vie marine, dont la destruction des récifs coralliens – 25 % des récifs coralliens sont dans un état critique – qui n'arrivent plus à se relever des épisodes de blanchiment à cause de la hausse de température des eaux de surface ; surpêche à outrance ; pollution des océans par le plastique – on retrouve maintenant des particules de plastique jusqu'au fond des fosses marines ; déforestation massive – au total, quelque 129 millions d'hectares de forêts, une superficie presque équivalente en taille à l'Afrique du Sud, ont été perdus depuis 1990 ; et feux de forêt devenus incontrôlables – la taïga sibérienne a brûlé tout l'été en 2019 – à cause du réchauffement mondial. Et il y a le pergélisol qui fond beaucoup plus rapidement que prévu, les glaces du Groenland aussi, tout comme les glaciers qui reculent dans le monde entier – il n'y en aura plus nulle part d'ici 80 ans et c'est la seule source d'eau potable en ce moment pour des centaines de millions de personnes – et enfin il y a bien sûr l'emballement du réchauffement mondial qui nous pend au bout du nez si le dégel des hydrates de méthane continue à s'accélérer, sans oublier le problème que tous les modèles de prévision de l'accélération de la bombe climatique mondiale ont sous-estimé jusqu'ici les impacts des extrêmes climatiques. Tout cela commence à ressembler à un effondrement global...

 

Ce phénomène a d'ailleurs donné naissance à une nouvelle façon d'examiner ce qui se passe appelée « collapsologie ». Il s'agit d'une approche pluridisciplinaire qui s'intéresse à l'effondrement possible de notre civilisation. Ce terme provient de l'anglais collapse, qui signifie s'effondrer, et du grec logos, signifiant discours. En France, la collapsologie est représentée par Pablo Servigne, auteur avec Raphaël Stevens du livre Comment tout peut s'effondrer : petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes, paru en 2015. Cet ouvrage a été préfacé par Yves Cochet, ancien ministre de l'Environnement.

 

La collapsologie trouve aussi ses origines dans la publication du rapport Meadows en 1972, réalisé par des chercheurs du MIT, et commandé par le Club de Rome. Ce rapport, dont le titre était The Limits of Growth (Les limites de la croissance), alertait déjà sur les risques d'une croissance démographique et économique exponentielle sur une planète dont les ressources sont comptées.

 

Les idées clés des penseurs de l’effondrement

 

La collapsologie s'inscrit dans l'idée que, au cours de l'Anthropocène, l'Homme impacte de manière durable et négative la planète. Elle propage notamment l'idée de l'urgence écologique, liée à l'augmentation des températures sur Terre, la multiplication des catastrophes naturelles et à l'effondrement de la biodiversité. Les collapsologues relient différentes crises entre elles : crises énergétiques, économiques, environnementales, géopolitiques, démocratiques...

 

La conjonction de ces crises pourrait conduire à l'effondrement de la civilisation industrielle, prévue avant 2050. Cette catastrophe annoncée conduirait de nombreux habitants à manquer de nourriture, d'eau et de logement.

 

Les collapsologues ne font pas qu'annoncer une catastrophe, ils proposent aussi des pistes pour l'éviter : évolution des systèmes agricoles (permaculture), maîtrise de la démographie, systèmes d'entraide locaux, sobriété énergétique...

Ce bref survol d'un si vaste sujet ne visait qu'à démontrer la réalité du risque potentiel d'un effondrement global. L'exploration des liens fournis ci-haut vous permettra d'approfondir votre compréhension de l'urgence d'agir, un message que ne cessent de répéter  les millions de jeunes ayant participé au mouvement de grève scolaire chaque vendredi lancé par la jeune suédoise Greta Thunberg, dont le message, repris dans la vidéo suivante, est soutenu par quelques-uns des nombreux lanceurs d'alerte à cet égard.