Voici pourquoi il FAUT un moratoire sur les ondes millimétriques




Observations soumises par Pascal Gélinas et Louise Vandelac dans le cadre de la Consultation sur la délivrance de licences concernant le spectre dans les bandes de 26, 28 et 38 GHz.


English version


Référence : Gazette du Canada, partie I, volume 156, numéro 25, 18 juin 2022, avis no SPB-001-22 : Consultation sur un cadre politique et de délivrance de licences concernant le spectre dans les bandes de 26, 28 et 38 GHz.


Nous nous joignons aux experts, groupes et citoyens canadiens qui réclament que Industrie, Sciences et Développement économique Canada (ISDE), Santé Canada et Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) décrètent un MORATOIRE sur la libération du spectre des ondes millimétriques à très haute fréquence (ondes mm), bandes 26/28 et 38 GHz inclus. Voici pourquoi.


Rappelons d’abord qu’il y a une décennie, l’OMS a classé ce type de rayonnement dans le Groupe 2B, « peut-être cancérogène pour l’Homme, sur la base d’un risque accru de gliome, un type de cancer malin du cerveau, associé à l’utilisation du téléphone sans fil ». Au terme de cette nouvelle décennie de recherches, la classification des radiofréquences devrait prochainement être révisée à la catégorie du Groupe 2A « probablement cancérogène pour l’Homme », voire au Groupe 1 « cancérogène avéré pour l’Homme », tel que le recommande un conseiller de l’OMS, le Dr Anthony B. Miller, professeur émérite de médecine à l’Université de Toronto, qui a dirigé pendant 15 ans l’unité d’épidémiologie de l’Institut national du cancer.


Fait révélateur, depuis plus de 10 ans, les compagnies d’assurance refusent catégoriquement d’assurer tout dommage relié aux tours cellulaires et aux appareils de communication sans fil, leur attribuant la classe de risque la plus élevée! Alors comment expliquer que ce qui est beaucoup trop dangereux pour être assurable soit inoffensif pour Santé Canada? Simplement parce que Santé Canada (qui proposait récemment d’augmenter le taux de glyphosate résiduel dans nos aliments en réponse à une demande de Bayer Monsanto) continue de défendre l’idée désuète que le seul danger de tout rayonnement non ionisant est l’effet thermique, l’échauffement des tissus, un critère établi arbitrairement au début des années 1950 et promu depuis 1992 par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants, l’ICNIRP. Par son adhésion à ce dogme si cher à l’industrie de la téléphonie sans fil, l’ICNIRP est en contradiction avec la très grande majorité des études scientifiques actuelles. D’ailleurs la Cour d’appel de Turin a confirmé en janvier 2020 que le neurinome acoustique d’un travailleur avait bien été causé par l’utilisation de son téléphone portable, tout en prenant soin de préciser que les scientifiques financés par l’industrie de la téléphonie, ou les membres de l’ICNIRP, sont moins fiables que les scientifiques indépendants. Vérification faite, la plupart des 14 membres de l’ICNIRP ont des liens avec l’industrie, ce qui les place en conflit d’intérêts, comme le révèle le rapport soumis en juin 2020 au Parlement européen par les députés Klaus Buchner et Michèle Rivasi.


En y rajoutant les ondes millimétriques, la technologie 5G va au bas mot tripler le niveau de rayonnement auquel nous serons tous exposés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Côté environnement, le Haut Conseil pour le Climat européen nous indique que la 5G augmenterait de 18 à 44 % les émissions de gaz à effet de serre du numérique. Couplé à l’usage des pesticides et au changement climatique, le rayonnement électromagnétique est un cofacteur du déclin dramatique des insectes pollinisateurs. En Europe, quatre-vingts pour cent des colonies d’abeilles ont déjà disparu. Pourtant quatre-vingts pour cent des espèces végétales dépendent de leur pollinisation.


Depuis 2007, le rapport BioInitiative, produit par un groupe de 14 chercheurs internationaux, a compilé plus de 1 800 articles scientifiques révisés par des pairs démontrant les effets nocifs des rayonnements sans fil pour les humains, les insectes, les plantes et les animaux. On note chez l’humain une augmentation des cancers, des troubles de la reproduction, des troubles de la mémoire et de l’apprentissage, en particulier chez les enfants, ainsi que des dommages à l’ADN, au système nerveux et aux cellules. Il est important de préciser que les enfants absorbent deux fois plus de radiations que les adultes, et que les femmes enceintes trop exposées sont à risque de fausses couches, ou d’accoucher plus souvent d’enfants souffrant d’obésité, d’asthme, de malformation cardiaque , ou du trouble du déficit de l’attention.


Nouvelle preuve écrasante : le 1er novembre 2018, le très réputé National Toxicology Program (NTP), programme gouvernemental de recherche américain en toxicologie, a publié les résultats des études les plus complètes jamais réalisées pour évaluer les effets d’une exposition aux ondes de la téléphonie mobile chez le rat et la souris. Le concepteur de cette étude, Ron Melnick, affirme : « Les études du NTP ont non seulement révélé que le rayonnement des téléphones portables augmentait les tumeurs dans le cœur et le cerveau, mais induisait également des lésions cardiaques (cardiomyopathie du ventricule droit chez les rats mâles et femelles) et des dommages à l’ADN dans les cellules cérébrales des rats et des souris... Les organismes de santé et de règlementation doivent avertir le public des effets sur la santé des rayonnements radiofréquences et fournir des informations claires sur la façon de réduire les expositions, en particulier pour les enfants et les femmes enceintes. »


Or en science, vous le savez, ce qui est fondamental, c’est la réplication des résultats. Quelques mois plus tard, le réputé Institut Ramazzini, de Bologne en Italie, a publié une étude à long terme sur les effets des rayonnements RF (simulant l’exposition au rayonnement d’antennes cellulaires) sur près de 500 rats. Tout comme l’étude du NTP, cette étude a clairement démontré que l’exposition chronique aux radiofréquences cause chez les rats les mêmes types de tumeurs que l’on constate chez les humains qui utilisent le cellulaire contre l’oreille 30 minutes par jour pendant au moins dix ans, ou qui habitent à moins de 500 mètres d’une antenne. En somme, cette étude confirme la corrélation entre l’émission de radiofréquences et l’apparition des tumeurs de l’oreille ainsi que des tumeurs multiformes du cerveau.


L’été dernier, le Parlement européen a publié un rapport de recherche intitulé “Health Impact of 5G”. Voyons ses conclusions : 1) les fréquences de RFR couramment utilisées (450 à 6000 MHz) sont probablement cancérogènes pour l’Homme, notamment en raison de preuves solides d’accroissement de gliomes et de neurinomes acoustiques. Ces fréquences nuisent clairement à la fertilité masculine et possiblement à la fertilité féminine. Elles peuvent possiblement avoir des effets indésirables sur le développement des embryons, des foetus et des nouveau-nés; 2) concernant les futures fréquences millimétriques de la 5G (24 à 100 GHz), aucune étude adéquate n’a été réalisée sur les effets non thermiques de ces fréquences plus élevées.


Le réseau sans fil 5G, en raison de la multiplication exponentielle de ses points d’accès, facilitera les cyberattaques, les atteintes à la vie privée et le vol des renseignements personnels. De plus, cette technologie interfère avec les données satellitaires critiques, nuit aux prévisions météorologiques et met à risque le trafic aérien aux abords des aéroports. Pourquoi ne pas miser sur la seule technologie pouvant réduire le cybercrime? Les Canadiens doivent miser le plus possible sur les communications filaires, la fibre optique notamment, et le moins possible sur les communications sans fil. Selon une association internationale d’ingénieurs en électricité (l’IEEE), les connexions câblées consomment en moyenne dix fois moins d’énergie que la technologie sans fil. Ajoutons qu’elles sont cent fois plus rapides que la 5G, foncièrement plus sécuritaires, et parce qu’elles n’émettent aucun rayonnement, elles sont sans danger pour les humains et l’environnement.


Vous pourriez prendre exemple sur Martine Aubry, maire de Lille en France, qui a déclaré récemment : « Parce que nos doutes persistent tant du point de vue sanitaire que de la sobriété numérique sur le déploiement de la 5G, nous avons voté (...) un moratoire. Il est urgent d’attendre ! » Idem pour la maire de Marseille Michèle Rubiola, la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian ou celle de Besançon Anne Vignot. En fait, 38 maires de France demandent un moratoire sur l’installation de la technologie 5G. En Italie, 600 municipalités s’opposent à son déploiement. En Suisse, plusieurs cantons réclament un moratoire tant que la science n’aura pas démontré que cette technologie est sans danger pour les humains et l’environnement. Tout comme Hawaï, la Corse, la Slovénie, le Nigéria, Chypre, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Belgique, les Pays-Bas et l’Australie…


Pourtant cette libération du spectre des ondes millimétriques se fait sans qu’aucune étude n’ait démontré que cette technologie est sans danger pour les humains et l’environnement. Son déploiement est donc un jeu de roulette russe où nous servons de cobayes à notre insu, en violation de nos droits les plus fondamentaux tels que définis par le code de Nuremberg. Tout ça pour les profits de l’industrie du sans-fil, au détriment des coûts de santé et d’environnement.


En terminant, est-ce rêver en couleur que d’espérer que notre gouvernement cesse de tourner le dos à la science, applique le principe de précaution et permette aux Canadiens de bénéficier d’Internet et des technologies sans fil de façon sécuritaire, en accordant une attention prioritaire aux garderies, aux écoles, aux femmes enceintes et aux personnes âgées? Pour ce faire, le gouvernement fédéral doit urgemment déclarer un moratoire sur l’utilisation du spectre des ondes millimétriques à très haute fréquence tant que la science n’aura pas démontré que cette technologie est sans danger pour les humains et l’environnement.


Bien vôtres,


Pascal Gélinas

Documentariste, membre émérite de L’ARRQ (Association des Réalisateurs et Réalisatrices du Québec) Membre de l’ACS (Association des communicateurs scientifiques du Québec) Réalisateur aux émissions Science-Réalité et Découverte (Ici Radio-Canada télé) de 1984 à 2009.


Louise Vandelac

Ph.D Professeure titulaire, département de sociologie et Institut des sciences de l'environnement Université du Québec à Montréal Directrice du CREPPA, https://creppa.uqam.ca/ et Chercheure RQRAD, CENTREAU, CIRODD, RRSPQ, CINBIOSE, RISUQ et CIAPE.


Liens utiles

https://mdsafetech.org/science/

https://ehtrust.org/science/research-on-wireless-health-effects/

https://www.saferemr.com/2019/07/recent-research.html


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